Pourquoi des ateliers et des groupes de parole ?

Les groupes de parole et les ateliers proposés visent à soulager les tensions liées au travail.

Outre l’accompagnement pluridisciplinaire individuel de La Maison du Travail dans les situations de souffrance au travail, des groupes de parole et des ateliers sont proposés, afin de permettre une réflexion ainsi qu’une expression des affects et des émotions éprouvés.

La parole et le geste créatif participent en effet de manière essentielle, thérapeutique, à la possibilité d’une élaboration des situations douloureuses. Sortir de ce qui affecte la vie psychique, sociale et aussi physique, nécessite ce temps de la narration, du récit auprès d’un tiers, d’un professionnel dépositaire de ce qui a fait souffrir, afin d’en permettre une représentation et que les affects douloureux s’apaisent.

Il arrive cependant que les mots manquent pour rendre compte de certaines circonstances de la vie, heureuses, malheureuses, voire dramatiques. D’autres approches peuvent alors être mobilisées pour « dire autrement ». Ainsi du processus créatif, artistique : dessiner, sculpter, danser, jouer d’un instrument ou écrire, permet de porter au dehors (ex-primer) en les représentant, les affects qui n’ont encore trouvé d’issue par la parole.

Corps, parole et travail

La théorie de la Psychodynamique du travail développée par Ch. Dejours (on pourra lire « Travail vivant », 
tome 1 : Sexualité et travail,
 tome 2 : « Travail et émancipation », 
Payot, 2009) met en avant le « réel du travail » qui se fait connaitre par une certaine souffrance liée aux « obstacles que le monde oppose à la maitrise technique ». Cette résistance et cette souffrance, sont, dit-il, inhérentes à tout travail, mais rendent aussi « plus intelligent » par la nécessité de trouver des solutions ; elle est aussi à l’origine des règles de métiers (activité déontique).

Force est de constater qu’une autre souffrance s’ajoute aujourd’hui très souvent à la première. Une souffrance inadmissible et scandaleuse lorsque des organisations, publiques et privées et certaines formes de management pathogènes à leur service, pervertissent le travail et sa finalité noble, celle d’apporter un mieux-être dans la société des hommes.

Par quel processus cette souffrance se fait-elle jour ?

Pour Ch. Dejours « tout travail suppose un engagement de soi-même où le corps joue un rôle fondateur… Le travail révèle que c’est dans le corps lui-même que réside l’intelligence du monde et que c’est d’abord par son corps que le sujet investit le monde pour le faire sien, pour l’habiter ».

Si le corps dont il est question ici, ce corps qui s’approprie le monde, est d’abord le corps physique, il est un « deuxième corps » qui est le siège d’un processus essentiel appelé « sublimation ». Là réside une conception importante de la psychodynamique du travail : ce serait ce « deuxième corps », celui de l’expérience la plus intime de soi et du rapport à autrui qui, également convoqué dans l’acte de travailler, permettrait de supporter la souffrance inhérente à tout travail et de la sublimer pour procurer au travailleur une sensation de plaisir, le sentiment de réaliser quelque chose d’important pour la société des hommes et parfois de se réaliser.

Les organisations du travail et le management à leur service, lorsqu’elles deviennent toxiques et pathogènes, attaquent ce processus sublimatoire en rabaissant le travail au rang de « tâches ». Ceci se produit lorsque la finalité du travail se trouve pervertie par une exigence de rentabilité financière et une supposée « qualité totale » prescrite par des gestionnaires sous la forme de normes et des « process » irréalisables, déconnectés du réel du travail tel que le connaissent les vrais professionnels.

La où le processus sublimatoire était gage de santé apparaît alors chez des salariés investis, compétents, une souffrance morale, éthique, psychique, puis parfois physique et sociale…

Sortir d’une situation pathogène et revenir vers le travail…

La Maison du Travail propose des approches prenant en considération ces tensions pour aider à construire une stratégie de sortie de situations de travail qui affectent la santé et la vie tout entière.

Il est, dans ce processus, un facteur important que les organisations et le management maltraitent régulièrement : le Temps.

En effet, un retour au travail après l’épreuve de la perte d’une activité professionnelle investie et aimée, nécessite un temps singulier qui aboutira à une véritable séparation :

  • temps pour parler de ce qui a pu être ressenti comme douloureux, injuste, violent, déloyal, lorsqu’un salarié a subi une maltraitance destinée à se débarrasser de lui pour des raisons de rentabilité économique tout en invoquant, voire en inventant, des « fautes » pour le pousser à démissionner,
  • temps pour reconstruire la vérité de son histoire professionnelle,
  • temps pour revisiter son parcours et ses réalisations afin de reconstituer le socle d’une identité fracassée ou délégitimée,
  • temps parfois d’un parcours judiciaire pour tenter d’obtenir la reconnaissance d’une injustice, d’un abus de pouvoir et une réparation,
  • temps pour apaiser les douleurs, réparer lorsque cela est possible, les dommages psychiques, parfois physiques et relationnels, que ces situations peuvent provoquer.

Trouver le courage de répondre à une offre d’emploi, oser affronter des entretiens réputés sans pitié ni considération autre que pour des compétences toujours requises au « top niveau », n’est déjà jamais simple en temps « normal ». S’y confronter lorsque l’on a été fragilisé, lorsque l’on n’a plus la même confiance en soi ni en ses compétence peut se révéler une épreuve difficile voire impossible, pour un temps, à surmonter.

Les groupes de parole et les ateliers qui sont proposés visent à permettre de soulager ces tensions.

Il n’est ici point besoin pour d’aptitudes particulières ou de « prérequis », seulement d’un accueil bienveillant, du respect de chacun et d’une absence de jugement…