Groupe de recherche – Les enjeux des écrits du médecin

Un nombre croissant de médecins du travail, généralistes, psychiatres, se trouve mis en cause voire attaqué auprès du Conseil National de l’Ordre des médecins (CONM) par des entreprises, via leurs avocats, pour la relation de cause à effet qu’ils établissent, ou même que leurs écrits suggèreraient, entre l’état de santé de leurs patients et des pratiques managériales ou des organisations du travail rapportées par ceux-ci comme cause d’une souffrance.

Par ailleurs, les dossiers les plus solidement étayés soumis à la Sécurité Sociale pour des demandes de reconnaissance en accident du travail ou en maladie professionnelle peuvent être rejetés au motif ainsi formulé d’une « impossibilité de pouvoir reconnaître le lien de causalité entre conditions de travail et dégradation de la santé ».

Il semble important et même essentiel au regard de la mission du médecin définie par son serment et son éthique professionnelle, de mettre en réflexion de manière pluridisciplinaire la contestation, voire le déni, de la relation causale entre le symptôme – tout symptôme – et son origine, relation qui relève de son expertise.

En effet, des médecins du CONM et de la Sécurité Sociale se trouvent aujourd’hui en position de refuser, voire de condamner, les diagnostics de leurs collègues praticiens. Déni ? Omerta ? Les raisons de cette non reconnaissance ne relèvent pas du registre médical et ont pour conséquence d’entretenir la pathologie.

Un début de réflexion fait ressortir qu’il existe, dans les situations de souffrance au travail, deux discours qui s’opposent, opposition qui constitue le piège : celui de l’entreprise qui représente un collectif, et celui des salariés, seuls. Pris dans ce rapport de force des discours et du pouvoir aggravé par le déni également des instances relais, dont l’assurance maladie, la parole des salariés se trouve réduite au silence.

Or, le médecin du travail, le généraliste, tout médecin, représente pour le salarié la possibilité d’une nomination de sa souffrance et de ses causes fondée sur son expertise et sa capacité de mise en sens des symptômes. S’il ne peut plus interpréter le symptôme en se fondant sur ce qui lui permet de soigner, à savoir la parole de son patient, alors lui est enlevée toute possibilité de prescrire de manière éclairée. Le médecin se voit réduit à ne traiter que le symptôme sans faire le lien avec sa cause et donc sans possibilité d’agir sur celle-ci ou de la mettre en question.

L’une des conséquences de cette situation paradoxale est ainsi l’explosion des prescriptions d’antidépresseurs et d’anxiolytiques comme prescriptions symptomatologiques traduisant, dans nombre de situations de souffrance au travail, cet échec, cet empêchement de la mise en sens des symptômes.

Le traitement des stress post-traumatiques ne peut être opérant que s’il y a compréhension du système piège dans lequel est enfermé le patient, avec la nécessité d’une déconstruction de celui-ci pour reconstruire un système sain.

La cause se doit donc d’être reconnue à l’extérieur du sujet car le lieu du traumatisme est extérieur.

Le déni social maintient la confusion en logeant chez les patients (comme on tente de les en convaincre en invoquant une supposée dépression après un accouchement, une tension de couple ou un ado problématique à la maison…) la cause de leur pathologie et partant, en créant une incapacité de penser la pathologie psychique.

Enfin, compte-tenu du secret professionnel qui ne permet de nommer qu’une partie de la pathologie en renvoyant au juridique la reconnaissance de la cause et le juridique se cachant lui-même derrière l’absence d’items pour caractériser cette cause, le résultat est la fermeture du piège.

Ce cercle d’étude propose de réfléchir à cette question de première importance à la fois pour la défense de l’exercice des médecins et pour la défense des salariés.

Il propose aussi aux médecins de faire front, de se mobiliser, massivement, car si telle décision de justice donnant le dernier mot à telle entreprise contestant leur expertise devait faire jurisprudence, alors…

Animation : Dr M.-H. Braudo, Ph. Chétrit, Ph. Archain

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